LA RENAUDE
1992/1993
 

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C'était un souhait du président François Mitterand : qu'en ce début des années 90 des artistes dressent un état des lieux de la France. Au ministère de la Culture, où officie Jack Lang, la délégation aux arts plastiques missionne Raymond Depardon pour sillonner les campagnes. Quatre autres photographes sont chargés des banlieues dites "sensibles". A Gilles Favier, qui réside alors à Paris, échoit Marseille. Première tentative dans une cité HLM. Mais le photographe est malvenu; il bat en retraite. Finalement, il se fixe à la Renaude, une enclave du nord de la ville. Le quartier est divisé en deux. En haut les HLM, où vivent les familles arabes. En bas, des cubes de béton, où réside la communauté gitane. Le photographe y restera un an et demi, avant d'y retourner dix ans plus tard. Ses photos racontent l'histoire des habitants de ce bout oublié de la ville, situé au fond d'une rue, en bordure d'un cimetière.

"Quand je suis arrivé la première fois, pendant trois mois, je n'ai pas pu travailler. J'étais, je restais un intrus. Puis j'ai photographié un mariage, j'ai distribué des photos - environ 200 -,j'ai rendu des services. Pour être accepté, il m'a fallu respecter des règles, ne pas photographier de voitures brûlées, les recels... Mais ce n'était pas mon propos, ce qui m'intéressait, c'était saisir la vie quotidienne. La Renaude ressemble à un village, la population y est stable. Il y avait alors une grande solidarité, une forme de vie communautaire. On mangeait mal, mais on mangeait ensemble, et tout le monde arrivait à se nourrir. Personne ne m'a jamais demandé d'argent. Quand je suis reparti, j'ai découvert sur le siège de ma Clio, en guise de cadeau de départ, deux phares avant et deux phares arrière."

Receuilli par NICOLE GAUTHIER (Liberation, 03 JUILLET 2006)

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