"LA HAINE"
Jusque Ici Tout Va Bien > 1995
 

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Lorsque, il y a bientôt trois ans, Gilles Favier a décidé de travailler sur les représentations de l’immigration en France, il était excédé par le fait que la situation des périphéries urbaines, démagogiquement assimilées à l’immigration, se traduisait, dans la presse, par une litanie de stéréotypes de voitures calcinées durant des émeutes. Cette violence existe, cette violence, qui trop souvent compte ses morts, est le produit d’une situation et la réponse désespérée à d’autres violences, économiques, sociales, policières. C’est tout naturellement qu’il a croisé Mathieu Kassovitz et qu’il a eu envie de suivre l’aventure d’un film qui allait traiter de la façon dont la haine s’instaure entre police et jeunes de banlieue. Cette mise en scène de la violence allait lui permettre de réaliser des photographies de moments dont, par définition, le photographe est exclu : les photographies de bavures policières ne montrent que les victimes, pas les faits.

Gilles Favier n’a pas voulu nous restituer le film en images arrêtées comme l’aurait fait un photographe de plateau. Il ne s’est jamais placé dans l’axe de la caméra pour reproduire les plans mais, en reporter, il a choisi d’autres axes, d’autres points de vue en opérant un aller et retour permanent entre les moments du tournage et la vie et les habitants de la cité où il se déroulait. Il a, à sa manière, inventé une nouvelle fiction documentaire qui interroge la double réalité de la vie en banlieue et de la réalisation d’un film.

CHRISTIAN CAUJOLLE (1995)
Livre aux éditions Actes Sud « jusqu’ici tout va bien » 

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